Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/413

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pas aussi cruellement traités, ces acharnés soldats, quand, prisonniers eux aussi, quelques mois auparavant il les emmenait de Sedan ou de Metz. Les captifs qui tombaient étaient abattus à coups de revolver ; rarement, on voulait bien les jeter dans les charrettes à la suite.

À l’entrée de Versailles, la foule les attendait, toujours l’élite de la société française, députés, fonctionnaires, prêtres, femmes de tous les mondes. Les fureurs du 4 avril et des convois précédents furent autant dépassées que la mer se surpasse aux marées d’équinoxe. Les avenues de Paris et de Saint-Cloud étaient bordées de ces Caraïbes qui enveloppaient les convois de vociférations, de coups, les couvraient d’ordures, de tessons de bouteilles. « L’on voit, disait le Siècle du 30 mai, des femmes, non pas des filles publiques, mais des femmes du monde insulter les prisonniers sur leur passage et même les frapper avec leurs ombrelles ». Quelques-unes, de leurs mains gantées, ramassaient la poussière et la jetaient à la face des captifs. Malheur à qui laissait échapper un geste de pitié. Il était jeté dans le convoi, trop heureux de n’être conduit qu’au poste comme M. Ratisbonne qui venait d’écrire dans les Débats : « Quelle victoire inestimable ! » Effroyable rétrogradation de la nature humaine, d’autant plus hideuse qu’elle contrastait avec l’élégance du costume. Des officiers prussiens vinrent de Saint-Denis voir une fois de plus quelles classes gouvernantes ils avaient eu devant eux.

Les premiers convois furent promenés en spectacle dans les rues de Versailles. D’autres stationnèrent des heures sur la place d’Armes torride, à deux pas des grands arbres dont on leur refusait l’ombrage, tant accablés d’ignominies que les malheureux rêvèrent après le refuge des dépôts.

Il y en avait quatre : les caves des Grandes Écuries, l’Orangerie du château, les docks de Satory, les manèges de l’École de Saint-Cyr. Dans les caves humides, nauséabondes, où la lumière et l’air ne pénétraient que par quelques soupiraux étroits, les captifs furent entassés, sans paille dans les premiers jours. Quand ils en eurent, elle fut bien vite réduite en fumier. Pas