Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/478

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délai ; le pays républicain étant sans résistance ; trois mois après, Paris écrasé, les royalistes doivent reculer ; la France républicaine a pu se reformer contre eux. Si les républicains ne balancent pas encore les ruraux, ils rendent après les élections de Juillet, le coup d’État impossible ; l’Assemblée ne peut plus violer la France ; tout ce que peuvent les royalistes, c’est la faire souffrir.

Ils s’y employèrent quatre ans. Ils décrétèrent Versailles capitale définitive ; les députés de l’Extrême Gauche, ayant eu l’impudence de demander une amnistie, furent laissés avec leurs trente deniers comme Judas. Les princes d’Orléans, remboursés des quarante millions que l’Empire avait justement confisqués, vinrent occuper leur siège au Centre Droit ; en mars 72, sous prétexte d’Internationale, on mit l’espionnage dans l’atelier, au foyer domestique ; on vota la loi sur la déportation.

Gambetta, renvoyé à l’Assemblée, et qui a pris la tête du parti républicain, dénie aux ruraux le pouvoir constituant, rend à Paris un hommage tardif, parle d’envoyer cette Assemblée au fossoyeur ; l’Assemblée oblige M. Thiers à le flétrir deux fois. Elle veut plus, un « gouvernement de combat », supprime la mairie centrale de Lyon, contraint le président Grévy à se retirer, met en place Buffet, la réaction belliqueuse. Paris, pour venger Lyon, fait de son maire Barodet, un député contre le candidat de M. Thiers que Paris épouvante toujours ; les ruraux punissent M. Thiers de n’avoir pas vaincu Paris une seconde fois. Le 24 mai 73, deux ans, jour pour jour, après les massacres en masse, ils rejettent ce vieillard, comme un citron vidé. Celui qui avait fait Louis-Philippe, aidé Louis-Napoléon, sauvé l’Assemblée versaillaise, devait toujours être basculé par ses créatures et moqué. Mac-Mahon lui jurait, le 24, de ne pas être un compétiteur ; il accourut, le 25, s’asseoir dans son fauteuil.

L’éternelle dupe avait rêvé d’un régime anonyme qui, se passant du peuple, neutralisant les partis monarchiques, établirait une oligarchie bourgeoise dont il serait le protecteur, ce qu’il appelait « la République sans républicains » ; la Gauche l’avait suivi dans cette