Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/534

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tendu un piège ; vous êtes l’ami de ces coquins, vous allez être fusillé. »

« Le docteur Faneau comprit que ce serait en vain qu’il essaierait de se justifier ; aussi il n’opposa aucune résistance au peloton d’exécution.

« Quelques minutes après, l’infortuné jeune homme tombait, frappé de dix balles

« Nous avons connu le docteur Faneau, et nous pouvons affirmer que, bien loin de sympathiser avec les membres de la Commune, il déplorait leurs funestes égarements et attendait avec impatience le rétablissement de l’ordre. »


XXIII


La tête de Millière, noire de poudre, parut regarder la foule

Voici la relation d’un témoin oculaire, M. Louis Mie, député de la Gironde.

«… Un piquet de soldats débouchait de la rue de Vaugirard, à notre gauche. Ils marchaient sur deux rangs. Au milieu d’eux était Millière.

« Il était exactement vêtu comme je l’avais vu quelques mois auparavant à Bordeaux à la tribune de l’Assemblée et au Cercle républicain : pantalon noir, redingote bleu foncé, serrée et boutonnée, chapeau noir à haute forme.

« Le piquet s’arrêta devant la porte du Luxembourg. Un des soldats qui tenait son fusil par l’extrémité du canon criait : « C’est moi qui l’ai pris, c’est moi qui doit le fusiller. » Il y avait là une centaine de personnes des deux sexes et de tous âges. Plusieurs criaient : « À mort ! qu’on le fusille ! »

« Un garde national, portant un brassard tricolore, saisit Millière au poignet, le conduisit dans l’encoignure de droite et l’adossa au mur ; puis il se retira… Millière se découvrit, plaça son chapeau sur le socle de la colonne, croisa les bras sur sa poitrine et, calme et froid, regarda la troupe. Il attendait.

« Autour de nous, on questionnait les soldats. « Qui c’est-il ? » demandait-on à l’un d’eux, et je l’entendais répondre : « C’est Mayer. »

" Un prêtre sortit du Luxembourg ; il portait une soutane coupée droit et un chapeau à haute forme. S’avan-