Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/88

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Le chef du triumcuistrat, l’israélite Crémieux, siégeait à l’archevêché où Guibert, pape des ultramontains français, lui donnait le vivre et le couvert en échange de toutes sortes de services réclamés par le clergé. Crémieux faillit un jour être mis à la porte. Garibaldi, trompant la surveillance de l’Italie, perclus, les mains tordues par les rhumatismes, arriva à Tours mettre au service de la République ce qui restait de lui, le cœur et le nom. Guibert crut voir arriver le diable, se fâcha contre Crémieux qui confina Garibaldi à la préfecture et l’expédia au plus tôt en province.

Désespérant de se tirer d’affaire, les Délégués convoquèrent les électeurs. Ce fut leur seule pensée honnête. Le 16 octobre la France va nommer ses représentants, quand le 9 un coup de vent amène à Tours Gambetta que Clément Laurier avait appelé.

Les hommes de l’Hôtel-de-Ville l’avaient vu partir avec joie, tellement sûrs qu’il se buterait à l’impossible que « personne dans le Gouvernement, ni le général Trochu, ni le général Leflô, personne n’avait levé la langue d’une opération militaire quelconque [1]. » Lui aussi avait son plan ; ne pas croire à la nation morte. Un instant, il désespéra, trouvant une province sans soldats, sans officiers, sans armes, sans munitions, sans équipements, sans intendance, sans trésor, mais il se reconquit, entrevit les ressources immenses, les hommes innombrables : Bourges, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon pour arsenaux ; les ateliers de Lille, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon ; les mers libres ; cent fois plus que 93 luttant à la fois contre l’étranger et les Vendées ; une belle flamme dans les centres ; des conseils municipaux, des conseils généraux qui s’imposaient, votaient des emprunts ; des campagnes sans un chouan. À son appel admirable la France répondit par l’enthousiasme de Paris le 14 septembre. Les réactionnaires se refoulèrent dans leur trou ; Gambetta tint l’âme du pays, il put tout.

Même ajourner les élections comme voulait un dé-

  1. Gambetta. Enquête sur le 4 Septembre, t. I, p. 561.