Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/13

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que dans le domaine des arts, tout génie innovateur, tout auteur qui délaisse l’idéal, le type, les formes dont se nourrissaient et s’enchantaient les esprits de son temps, pour évoquer un idéal nouveau, créer de nouveaux types et des formes inconnues, blessera sa génération contemporaine. Ce n’est que la génération suivante qui comprendra sa pensée, son sentiment. Les jeunes artistes groupés autour de cet inventeur auront beau protester contre les retardataires, dont la coutume invariable est d’assommer les vivans avec les morts, dans l’art musical bien plus encore que dans d’autres arts, il est quelquefois réservé au temps seul de révéler toute la beauté et tout le mérite des inspirations et des formes nouvelles.

Les formes multiples de l’art n’étant qu’une sorte d’incantation, dont les formules très diverses sont destinées à évoquer dans son cercle magique les sentimens et les passions que l’artiste veut rendre sensibles, visibles, audibles, tangibles, en quelque sorte, pour en communiquer les frémissemens, le génie se manifeste par l’invention de formes nouvelles, adaptées parfois à des sentimens qui n’avaient point encore surgi dans le cercle enchanté. Dans la musique, ainsi que dans l’architecture, la sensation est liée à l’émotion sans l’intermédiaire de la pensée et-du raisonnement, comme il en est dans l’éloquence, la poésie, la sculpture, la peinture, l’art dramatique, qui exigent qu’on connaisse et comprenne d’abord leur sujet, que l’intelligence doit avoir saisi avant