Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/178

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un lourd et importun trésor, capable de faire chavirer la frêle barque d’une destinée ou d’une passion si on ne les jette par dessus bord, dans l’abîme de l’oubli, nul d’entre ceux qui en ont traversé les périls n’a manqué d’évoquer, alors qu’un cruel naufrage le menaçait, des ombres et des mânes glorieuses, pour s’informer jusqu’à quel point leurs aspirations ont été vivaces et sincères ? Pour s’enquérir avec un ingénieux discernement, de ce qui chez eux était un divertissement, une spéculation de l’esprit, et de ce qui formait une constante habitude de sentiment ?— C’est à ces heures aussi que le Dénigrement , qui à d’autres momens fut écarté et chassé, reapparait. Pour le coup, il ne chôme pas ; il s’empare avidement des faiblesses, des fautes, des oublis de ceux qui ont flétri les fautes et les faiblesses : il n’en omet aucune. Il attire à lui ce butin, compulse ces faits, pour s’arroger un droit de dédain sur l’inspiration, à laquelle il n’accorde d’autre but que de nous fournir un amusement de bon-goût, un divertissement de haut-goùt, comme se les procurent les patriciens de tous les pays, dans tous les temps d’une belle et haute civilisation ! Mais, il dénie obstinément à l’inspiration du poëte, à l’enthousiasme de l’artiste, le pouvoir de guider nos actions, nos résolutions, nos acquiescemens ou nos refus.

Le Dénigrement moqueur et cynique sait vanner l’histoire ! Laissant tomber le bon grain, il recueille soigneusement l’ivraie, pour répandre sa noire semence