Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/25

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se justifie toujours ; la richesse, l’exubérance même, n’excluent pas la clarté, la singularité ne dégénère pas en bizarrerie, les ciselures ne sont pas désordonnées, le luxe de l’ornementation ne surcharge pas l’élégance des lignes principales. Ses meilleurs ouvrages abondent en combinaisons qui, on peut le dire, forment époque dans le maniement du style musical. Osées, brillantes, séduisantes, elles déguisent leur profondeur sous tant de grâce et leur habileté sous tant de charme, que c’est avec peine qu’on parvient à se soustraire assez à leur entraînant attrait, pour les juger à froid sous le point de vue de leur valeur théorique. Celle-ci a déjà été sentie par plus d’un maître ès-sciences, mais elle se fera de plus en plus reconnaître lorsque sera venu le temps d’un examen attentif des services rendus à l’art durant la période que Chopin a traversée.

C’est à lui que nous devons l’extension des accords, soit plaqués, soit en arpéges, soit en batteries ; les sinuosités chromatiques et enharmoniques dont ses pages offrent de si frappans exemples, les petits groupes de notes surajoutées, tombant comme les gouttelettes d’une rosée diaprée pardessus la figure mélodique. Il donna à ce genre de parure, dont on n’avait encore pris le modèle que dans les fioritures de l’ancienne grande école de chant italien, l’imprévu et la variété que ne comportait pas la voix humaine, servilement copiée jusques là par le piano dans des embellissements devenus stéréotypes et monotones. Il inventa