Page:Liszt - F. Chopin, 1879.djvu/27

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sentiment et la pensée, mais que le commun des hommes n’aperçoit point, comme leur vue ordinaire ne saisit point toutes les transitions de la couleur, toutes les dégradations de teintes, qui font l’inénarrable beauté et la merveilleuse harmonie de la nature !

Si nous avions à parler ici en termes d’école du développement de la musique de piano, nous disséquerions ces merveilleuses pages qui offrent une si riche glane d’observations. Nous explorerions en première ligne ces Nocturnes, Ballades, Impromptus, Scherzos, qui tous sont pleins de raffinemens harmoniques aussi inattendus qu’inentendus. Nous les rechercherions également dans ses Polonaises, dans ses Mazoures, Valses, Boléros. Mais ce n’est ni l’instant, ni le lieu d’un travail pareil, qui n’offrirait d’intérêt qu’aux adeptes du contrepoint et de la basse chiffrée. C’est par le sentiment qui déborde de toutes ces œuvres qu’elles se sont répandues et popularisées : sentiment romantique, éminemment individuel, propre à leur auteur et profondément sympathique, non seulement à son pays qui lui doit une illustration de plus, mais à tous ceux que purent jamais toucher les infortunes de l’exil et les attendrissemens de l’amour.

Ne se contentant pas toujours de cadres dont il était libre de dessiner les contours si heureusement choisis par lui, Chopin voulut quelquefois enclaver aussi sa pensée dans les classiques barrières. Il écrivit de beaux Concertos et de belles Sonates ; toutefois, il