Page:Littré - Dictionnaire, 1873, T1, A-B.djvu/73

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portements honteux ! tant de faiblesse et d'abandonnement ! lui qui s'était piqué de raison, d'élévation, de fierté devant les hommes, MASS. Mort du pécheur. Quand il s'agit de retourner à votre Dieu et de réparer une vie entière de corruption et d'abandonnement, ID. Car. Pécheresse. Ce degré d'abandonnement qui fait les âmes égarées et criminelles, ID. ib. Tiédeur. Un abandonnement qui ne connaît plus ni règle, ni pudeur, ni bienséance, ID. Paraph. Psaume 13. Votre coeur que vous avez prostitué avec tant d'abandonnement aux créatures, ID. ib. Psaume 14.

— SYN. || 1° ABANDON, ABANDONNEMENT. L'idée commune est qu'on laisse une personne ou une chose, qu'une personne ou une chose demeure laissée. Abandon est plus souvent passif et exprime l'état d'une chose ou d'une personne délaissée ; abandonnement est plus souvent actif et exprime qu'on délaisse une personne ou une chose. Mais, dans le fait, ces deux mots se prennent souvent l'un pour l'autre, et tous deux ont le sens passif ou le sens actif. Cela est laissé à l'écrivain ; pourtant on remarque que abandon, ne provenant pas d'un verbe, indique quelque chose d'absolu et de vague, et abandonnement, provenant d'un verbe, quelque chose de relatif et de plus déterminé. Au fond la nuance est que abandonnement a de soi l'idée d'un fait, d'un acte, et que abandon ne l'a pas ; les deux mots peuvent, il est vrai, s'employer l'un pour l'autre, l'usage le permet. Mais la pensée quand elle sera précise, et le langage quand il sera délicat, tâcheront de tenir compte de la nuance. || 2° ABANDONNEMENT, ABDICATION, RENONCIATION, DÉMISSION, DÉSISTEMENT. On fait un abandonnement de ses biens, une abdication de sa dignité et de son pouvoir, une renonciation à ses droits et à ses prétentions, une démission de ses charges, emplois et bénéfices, et l'on donne un désistement de ses poursuites. Il ne faut abandonner que ce qu'on ne saurait retenir, abdiquer que lorsqu'on n'est plus en état de gouverner, renoncer que pour avoir quelque chose de meilleur, se démettre que quand il n'est plus permis de remplir ses devoirs avec honneur, et se dé sister que lorsque les poursuites sont injustes ou inutiles ou plus fatigantes qu'avantageuses, GIRARD.

— HIST. XIIIe s. Ses escus ert [était] moult renommés ; Despit de mort estoit nommés ; Bordés fu d'abandonnement à tous perils..., la Rose, 15743.

XVe s. Au mois de janvier fut publié parmi Paris l'abandonnement de toutes gens d'armes qui seroient trouvés sur les champs, JUVÉNAL DES URSINS, 1415.

— ÉTYM. Abandonner ; ital. abbandonamento.

ABANDONNÉMENT (a-ban-do-né-man), adv. D'une manière abandonnée, sans réserve. Le premier président leur était trop indignement et trop abandonnément vendu pour être plaint de personne, SAINT-SIMON, 518, 126. Mot usité encore, comme on voit, au XVIIIe siècle et bon à employer.

— HIST. XIIIe s. Nos mariniers veoient la Montagne par-dessus la bruïne, et pour ce firent nager habandonnéement, JOINV. 283. XIVe s. Le marquis demanda qui il estoit qui si abandonnéement rouvoit ouvrir la porte, DU CANGE, abandonnare. XVe s. Et entrerent les Anglois abandonnéement dedans les fossés, FROISS. II, II, 65.

— ÉTYM. Abandonnée féminin, et ment (voy. MENT) ; provenç. abandonadamen ; ital. abbandonatamente.

ABANDONNER (a-ban-do-né), v. a. || 1° Remettre à la discrétion de.... au soin de..., céder, faire cession. Abandonner son sort à la Providence. J'ai abandonné le soin de mes affaires à un homme intelligent. Abandonner tout au vainqueur. Abandonner le reste au ciel. Abandonner cela à la fortune. Abandonner un ecclésiastique au bras séculier. Vous vous plaignez de cet homme ; je vous l'abandonne : c'est-à-dire pensez-en ce qu'il vous plaira ; faites à son égard ce que vous voudrez. Je vous abandonne ce point, je vous cède là-dessus. Il abandonne ses biens à ses créanciers. Apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices ; Je te les abandonne.... CORN. Mort de P. IV, 4. Un nombre de mots.... Que mutuellement nous nous abandonnons, MOL. Femmes sav. III, 2. Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne, RAC. Andr. III, 1. Dites au roi, Seigneur, de vous l'abandonner, ID. Esth. II, 1. Au cours de mes destins j'abandonnais ma vie, DUCIS, Othello, II, 7. || 2° Livrer à Abandonner une ville au pillage. Abandonner à la merci de.... Il abandonna la barque au courant du fleuve. Dieu abandonne souvent les méchants à leur sens réprouvé. Nous savons à quel désespoir Judas fut abandonné de Dieu, et à quelle fin mal-


heureuse il s'abandonna lui-même, BOURD. Pensées, t. III, p. 368. On peut dire de certaines matières que l'Église les abandonne à nos vues particulières et à nos raisonnements, ID. ib. t. II, p. 340. J'abandonnai mon âme à des ravissements.... CORN. Hor. I, 3. J'abandonne ce traître à toute ta colère, RAC. Phèd. IV, 2. Dieux ! ne puis-je à ma joie abandonner mon âme ? ID. Andr. III, 3. J'abandonnai ma vie à des malheurs certains, VOLT. Oed. V, 2. Tandis qu'à la frayeur j'abandonnais mon âme, ID. ib. IV, 1. || 3° Renoncer à. Abandonner une bâtisse. Abandonner ce qu'on a pris. Abandonner une entreprise, une guerre commencée. Abandonner la lutte. Abandonner le barreau. Abandonner ses travaux. Abandonner une vaine tentative. Abandonner une profession. Abandonner son opinion pour celle d'un autre. J'abandonne le reste, c'est-à-dire je le passe sous silence. Trône, à t'abandonner je ne puis consentir, CORN. Rod. V, I. J'avais fait serment d'abandonner plutôt la vie que de me résoudre à perdre cette liberté, MOL. Prin. d'Él. IV, 1. La Grèce et la Sicile ont vu des citoyennes Abandonner nos lois pour ces fiers Musulmans, VOLT. Tancr. II, 4. Que je vois de sujets d'abandonner le jour ! RAC. Théb. V, 1. Par moi seule éloigné de l'hymen d'Octavie, Le frère de Junie abandonna la vie, ID. Brit. I, 1. || 4° Délaisser, déserter, laisser sans secours, se séparer de.... Abandonner son général, son poste, le parti qu'on avait embrassé. Il abandonna le parti du sénat pour celui du peuple. J'abandonne la cause commune. Philoctète fut abandonné dans l'île de Lemnos. Abandonner un enfant, l'exposer et le laisser à la charité publique. Abandonner sa femme et ses enfants. Les médecins ont abandonné ce malade, c'est-à-dire ils l'ont laissé, ne sachant plus lui être utiles en rien. Avec un nom de chose pour sujet : Son courage l'abandonna. L'appétit, le sommeil l'ont abandonné. Mon esprit, volage et sans arrêt, m'abandonne et se porte partout ailleurs, BOURD. Pensées, t. II, p. 13. Abandonnant le corps, n'abandonnez pas l'âme, ROTROU, Venc. V, 4. Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours.... RAC. Brit. V, 8. Elle me dédaignait, un autre l'abandonne, ID. Andr. II, 1. Tout semble abandonner tes sacrés étendards, ID. Esth. Prol. Le courage les abandonne, FÉN. Tél. XVI. Comme un malade désespéré qu'on abandonne, ID. ib. VII. || 5° Quitter, lâcher. Abandonner l'Italie. Abandonner Paris. Abandonner la ville pour les champs. Abandonner ses armes. N'abandonne pas le gouvernail. Tenez ferme ; n'abandonnez pas cette corde. Abandonner les étriers, les quitter et quelquefois les perdre. Comme il avait un désir extraordinaire de s'instruire et de connaître les moeurs des étrangers, il abandonna sa patrie et tout ce qu'il avait pour voyager, FÉN. Philos. Pythag. Il fallait en fuyant ne pas abandonner Le fer qui dans ses mains sert à te condamner, RAC. Phèd. IV, 2. || 6° Négliger, ne pas cultiver. Il ne faut pas abandonner vos liaisons dans le monde. N'abandonnez pas votre voix, SÉV. 3.7° En fauconnerie, abandonner l'oiseau, || le lâcher dans la campagne pour l'égayer.

S'ABANDONNER, v. réfl. || 1° Se remettre à, se laisser aller à, se livrer à. S'abandonner à la fortune, au vainqueur, au gré de la tempête. S'abandonner au chagrin, à la douleur, à la joie, aux pleurs, à toutes sortes de plaisirs, à la débauche. Il s'abandonne sans réserve au goût de la magnificence. Personne ne s'abandonne à ce point à sa colère. Le tout est de savoir s'abandonner à Dieu en pure foi, BOSSUET Lett. Corn. 4. Mon âme à tout mon sort s'était abandonnée, RAC. And. IV, 5. Souffre qu'à mes transports je m'abandonne en proie, ID. Théb. V, 4. Allons, à tes conseils, Phoenix, je m'abandonne, ID. Andr. II, 5. Vous vous abandonniez au crime en criminel, ID. Andr. IV, 5. Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au sommeil.... ID. Brit. I, 1. Télémaque s'abandonnait à une douleur amère, FÉN. Tél. XVI. Astarbé s'abandonna à son ressentiment, ID. ib. III. Il s'abandonna à l'amour des femmes, BOSSUET Hist. I, 6. Non, non, à trop de paix mon âme s'abandonne, MOL. Sgan. 8. Ce monarque étonné à ses frayeurs déjà s'était abandonné, CORN. Nic. v. 8. Je connais Marianne, et sais qu'elle est trop sage Pour s'être abandonnée à tenir ce langage, TRISTAN, Marianne, I, 3. || 2° Perdre courage, se manquer à soi-même. Vous êtes perdu si vous vous abandonnez. Il les exhorte à ne pas s'abandonner. || 3° Se négliger. Il ne faut pas s'abandonner ainsi (se négliger dans le maintien, dans l'habillement), quand on veut plaire. || 4° Se lancer sans ménagement. Dans l'improvisation, cet orateur s'abandonne. L'épée à la


main, il s'abandonna sur son adversaire, au risque de s'enferrer. Plus il s'abandonnait, plus il était terrible, VOLT. Tancr. V, 1. || 5° Avoir de l'abandon. Ne vous roidissez pas, abandonnez-vous. Cet acteur ne s'abandonne pas assez. || 6° En parlant des enfants. Il s'abandonne déjà, il commence à faire quelques pas seul et sans être soutenu. 7° En parlant des femmes, se livrer. Elle s'est abandonnée à ceux qu'elle aimait, BOSSUET Nouv. Cath. Anne de Boulen eut l'adresse de ne se pas abandonner entièrement et d'irriter la passion du roi, VOLT. Moeurs, 135. Votre amour qui s'abandonne Ne refusa jamais personne, RÉGNIER, Mac. 8° Terme d'équitation. Ce cheval s'abandonne, il ralentit sa marche

— REM. Abandonner peut se construire avec à suivi d'un infinitif. Aussi n'aurais-je pas Abandonné mon coeur à suivre ses appas, MOL. Ec. des Mar. II, 9. Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour, LAROCHEF. Réfl. 131.

— SYN. 1° ABANDONNER, DÉLAISSER. Abandonner se dit des choses et des personnes ; délaisser ne se dit que des personnes. Nous abandonnons les choses dont nous n'avons pas soin ; nous délaissons les malheureux à qui nous ne donnons aucun secours. Au participe, délaisser a une énergie d'universalité qu'on ne donne au premier qu'en y joignant quelque terme qui la marque précisément. Ainsi l'on dit : C'est un pauvre délaissé ; Il est abandonné de tout le monde, GUIZOT. || 2° QUITTER, ABANDONNER, RENONCER. Idée commune, cesser de garder une chose, de s'en occuper ou de la demander. Les thérapeutes abandonnent leurs biens à leurs parents ou à leurs amis ; ils quittent leurs pères, leurs mères ; ils renoncent à tous les attachements terrestres, CONDILLAC. On renonce toujours volontairement, avec quelque peine, avec regret, en se faisant violence ; on renonce au plaisir, au monde, à une profession qui convenait. Quitter et abandonner n'impliquent pas l'idée de renoncement, et signifient seulement qu'on se sépare d'une chose agréable ou pénible, utile ou nuisible. La différence entre quitter et abandonner est que l'on quitte de toutes les manières, ce mot en lui-même étant indifférent, au lieu que dans abandonner il y a toujours l'idée d'une sorte de délaissement, de désertion, comme dans ce vers de Racine : Je quittai, mon pays, j'abandonnai mon père, LAFAYE.

— HIST. XIe s. Franceis mourront, si à nous s'abandunent, Ch. de Rol. LXXII. [Il] broche [pique] le bien [son cheval], le frein lui abandune, ib. CXV. || XIIe s. Or vus abandoins jo mun regne et mun païs, Estampes, Orliens, e Chartres et Paris, Th. le Mart. 104. || XIIIe s. Et le Soudan leur abandonna que il s'alassent venger de.... JOINV. 271. Et plus punis devroient estre Devant l'empereor celestre Clers qui s'abandonnent aux vices, Que les gens laiz [laïques], simples et nices, la Rose, 18865. Cis [celui-ci] m'abandonna le passage De la haie moult doucement, ib. 2806. Mais jà certes n'iert [ne sera] femme bonne, Qui, por dons prendre, s 'abandonne, ib. 4578. Quant il sevent que lor femes s'abandonnent à autrui.... BEAUMANOIR LVII, 10. || XIVe s. Jà n'en seroit meilleur tant comme il fust habandonné à telles passions, ORESME, Éth. 4. || XVe s. Elle ne vouloit mie que le roi s'abandonnast trop de la regarder, FROISS. I, I, 192. Ceux du chastel ne furent onques si recrus qu'ils ne s'abandonnassent au defendre si vaillamment, par quoi ceux de l'ost pussent rien gagner sur eux, ID. I, I, 259. Il n'a point de regret Au cidre qu'il nous donne ; En eust-il une tonne, Il l'abandonneroit, BASSELIN, 42. L'un vers l'autre desloyaument se mene ; Aux mauvais est la terre abandonnée, DESCHAMPS, Souffrance du peuple. Onques sanglier escumant ni loup enragé plus fierement ne s'abandonna, Hist. de Boucicaut, I, 24. C'est assavoir, se le doffin [dauphin] rompoit la pais, qu'il abandonnoit à ses gens de aller servir le duc Jehan, P. DE FENIN, 1419. || XVIe s. Il y en eut deux qui abandonnerent l'entreprise de peur, AMYOT, Lyc. 9. Cette hardiesse et constance assurée qu'il avoit en bataille contre l'ennemy l'abandonnoit incontinent qu'il se trouvoit en une assemblée du peuple à la ville, ID. Marius, 48. Les proprietaires les luy abandonnoient à bien vil prix, ID. Crassus, 3. Il résolut d'abandonner sa vie [se laisser mourir], ID. Démétr. 52. Il seroit estrange que nous qui voulons estre tenus pour gens de bien, laississions porter par terre nostre vertu et l'abandonnissions, ID. De la mauv. honte, 21. La meilleure part de l'entreprise, ils l'abandonnent à la fortune, MONT. I, 132. Estant abandonné des medecins pour un aposteme, ID. I, 254. S'abandonner aux delices, ID. II, 4. Il abandonna [s'éloigna] de si peu son fort, ID. I, 25. Les