Page:Littré - Pathologie verbale ou lésions de certains mots dans le cours de l’usage.djvu/8

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tradition sans s’étonner des accrocs qu’elle a subis çà et là.

Comme un médecin qui a eu une pratique de beaucoup d’années et de beaucoup de clients, parcourant à la fin de sa carrière le journal qu’il en a tenu, en tire quelques cas qui lui semblent instructifs, de même j’ai ouvert mon journal, c’est-à-dire mon dictionnaire, et j’y ai choisi une série d’anomalies qui, lorsque je le composais, m’avaient frappé et souvent embarrassé. Je m’étais promis d’y revenir, sans trop savoir comment ; l’occasion se présente en ce volume et j’en profite[1] ; ce volume que, certes, je n’aurais ni entrepris ni continué après l’avoir commencé, si je n’étais soutenu par la maxime de ma vieillesse : faire toujours, sans songer le moins du monde si je verrai l’achèvement de ce que je fais.

Je les laisse dans l’ordre alphabétique où je les ai relevées. Ce n’est point un traité, un mémoire sur la matière, que je compte mettre sous les yeux de mon lecteur. C’est plutôt une série d’anecdotes ; le mot considéré en est, si je puis ainsi parler, le héros. Plus l’anomalie est forte, plus l’anecdote comporte de détails et d’incidents. Je suis ici comme une sorte de Tallemant des Réaux, mais sans médisance, sans scandale et sans mauvais propos, à moins

  1. Voir la note de l’éditeur en fin de volume.