Page:Londres - Au bagne.djvu/34

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entre un forçat grimpé sur un manguier et un surveillant tenant une corde, au pied de l’arbre. Il s’agissait d’abattre les branches de manguier, qui, ennemies du progrès, passaient leur temps à briser les fils téléphoniques.

— Ne te casse pas les reins, disait le surveillant au surveillé !

— Tirez à droite. Pas à gauche, bon Dieu, à droite, je vous dis !

Le surveillant tirait à droite.

Et un peu plus tard, ce fut charmant de voir le forçat et le gendarme attelés à la même branche, et s’en allant ensemble comme de vieux copains.


LE CAMP


L’après-midi, j’allai au camp. Il faut vous dire que nous nous trompons en France. Quand quelqu’un — de notre connaissance parfois — est envoyé aux travaux forcés, on pense : il va à Cayenne. Le bagne n’est plus à Cayenne, mais à Saint-Laurent-du-Maroni d’abord et aux îles du Salut ensuite. Je demande, en passant, que l’on débaptise ces îles. Ce n’est pas le salut, là-bas, mais le châtiment. La loi nous permet de couper la tête des assassins, non de nous la payer !

Cayenne est bien, cependant, la capitale du bagne. Si un architecte urbaniste l’avait construite,