Page:Londres - Au bagne.djvu/38

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


masque. Je le regardai avec effarement. On aurait dit qu’il sortait du bal. Il me regarda avec commisération et lui se demanda d’où je sortais.

Ils se préparaient pour leur nuit. Cela grouillait dans le local. De cinq heures du soir à cinq heures du matin ils sont libres — dans leur cage. Ils ne doivent rien faire. Ils font tout ! Après huit heures du soir, défense d’avoir de la lumière, ils en ont ! Une boîte à sardines, de l’huile, un bout d’étoffe, cela compose une lampe. On fait une rafle. Le lendemain on trouve tout autant de lampes.

La nuit, ils jouent aux cartes, à la « Marseillaise ». Ce n’est pas pour passer le temps, c’est pour gagner de l’argent. Ils n’ont pas le droit d’avoir de l’argent, ils en ont. Ils le portent dans leur ventre. Papiers et monnaies sont tassés dans un tube appelé plan (planquer). Ce tube se promène dans leurs intestins. Quand ils le veulent ils… s’accroupissent.

Tous ont des couteaux. Il n’est pas de forçat sans plan ni couteau. Le matin, quand on ouvre la cage, on trouve un homme le ventre ouvert. Qui l’a tué ? On ne sait jamais. C’est leur loi d’honneur de ne pas se dénoncer. La case entière passerait à la guillotine plutôt que d’ouvrir le bec. Pourquoi se tuent-ils ? Affaire de mœurs. Ainsi finit Soleillant, d’un coup de poignard un soir de revenez-y et de hardiesse mal calculée. Un des quatre buts du législateur quand il inventa la