Page:Lope de Vega - Théâtre traduction Damas-Hinard tome 2.djvu/58

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Lucindo.

Je vous devais davantage encore.


Phénice.

Vous ne me deviez que de l’amour.


Lucindo, bas, à Tristan.

Eh bien ! Tristan, tu ne pars pas ?


Tristan.

Si fait, seigneur.


Lucindo.

Qu’attends-tu là ?


Tristan.

Avez-vous perdu l’esprit ?


Lucindo.

Laisse-moi n’être pas ingrat envers elle. Je connais cette femme, et je recouvrerai cette somme.


Tristan.

Prenez toujours les joyaux en nantissement.


Lucindo.

Ce serait une précaution injurieuse.

Tristan sort.

Phénice.

Que vous disait Tristan ?


Lucindo.

Il voulait que je prisse vos joyaux en gage. C’est un honnête garçon, mais il a la prudence d’un marchand.


Phénice.

Il a raison : prenez-les.


Lucindo.

Non, mon bien ; un seul de vos cheveux me suffit pour gage, et je ne veux pas que personne s’imagine que j’en désire d’autre. Dites-moi, les âmes ont-elles une valeur ?


Phénice.

Oui, sans doute ; mais pourquoi m’adressez-vous cette question ?


Lucindo.

Eh bien, s’il est vrai, comme on le prétend, que l’amour ait le pouvoir de suspendre mille âmes au fil le plus léger, quel autre gage peut valoir un cheveu auquel sont suspendus des milliers d’âmes ?


Phénice.

Oh ! que vous avez un langage aimable, spirituel et gracieux !


Lucindo.

Je vais voir ce que devient Tristan, pour qu’il vous apporte cela sans délai.


Phénice.

Adieu, magnifique Espagnol ; je vous attends ce soir à souper.