Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 10.djvu/143

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ANTIPERISTASE


Sur une page de son Journal, qui est restée inédite pendant près de trois siècles, Pierre de l’Estoile écrivait ces lignes, en février 1604 :

Le dimanche 22e de ce mois, un jeune Cordelier du Couvent de Paris, nommé Baptiste Bugnet, tenu pour habile homme entre eux, quitta le frocq et l’habit et se rendist à Ablon, où il fist, ce jour, publique abjuration de son Ordre et Religion, et profession de la leur. Il tira avant que de partir, une attestation de son supérieur, comme il s’estoit toujours bien et honnestement gouverné et sans reproche, donnant à entendre qu’il voulait aller prescher quelque part ; et ainsi les trompa, comme un Cordelier mesme de là-dedans m’a conté. Il estoit d’ung esprit vif et gaillard, comme tesmoigne un sien petit livret intitulé Antiperistase, imprimé à Paris, in 16, par A. du Breuil, composé par lui peu auparavant son défroquement, qu’un mien ami me donna.

Le discours en est fort joli et le langage affetté, où il n’a mis son nom, aiant possible pensé qu’ung traicté d’amourettes s’accordait mal avec la profession d’un Cordelier[1].

L’anecdote est plaisante et les précisions de l’Estoile ne laissent aucune obscurité. Il a été renseigné sur l’auteur par un Cordelier du même

  1. Décrit d’après un exemplaire en maroquin rouge de Capé, provenant de la Collection Fonteneau (5e vente, 1906, n° 494).