Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 11.djvu/165

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d’Apollon, pour les terres cuites grecques de la première salle, ou pour les ivoires de la collection Sauvageot. Tout est libre, hors l’art moderne. Ce qu’on permet à Peter Vischer, on l’interdirait à Rodin. Le dernier musée important que l’on ait ouvert à Paris, celui de M. Guimet, a décoré ses grandes surfaces murales avec des copies de peintures égyptiennes, où les femmes ne portent point le maillot couleur de chair que nos peintres sont toujours contraints de leur donner ; il expose dans ses vitrines certaines déesses gréco-orientales qui réalisent à l’extrême la vérité physique de la femme ; le public ne proteste pas. — Dès lors, au nom de quels arguments défendrait-il à un imitateur les libertés de ses modèles officiels ? Pourquoi ces deux poids et ces deux mesures ? Pourquoi exposer ce que l’on condamne, condamner ce que l’on expose, offrir enfin le même objet d’art en exemple si l’artiste est mort, en exécration s’il est vivant ?

Une pareille antinomie ne s’explique ni ne se défend. On finira bien par le reconnaître. Les idées du public français, qui déjà commencent à évoluer sur plusieurs questions artistiques, achèveront de se laisser convaincre. Publier la nudité de l’homme, et expurger celle de la femme, c’est simplement obéir à deux traditions aveugles, irraisonnées, contradictoires, et dont nous ne savons même plus déterminer le dessein. Nos