Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 11.djvu/43

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Que ces nouvelles directions de la curiosité humaine sont donc significatives ! Pendant des siècles, les voyageurs ont parcouru la terre, à la recherche des Eldorados, des vallées paradisiaques et des îles fortunées. Maintenant, la terre habitable est connue : la carte en est faite. On a résolu tous les grands problèmes. Le dernier grand fleuve, le dernier grand lac ont été découverts et gravés à leur place sur nos atlas désormais suffisants. Mais l’activité de l’homme a besoin d’un prétexte, et voici que les explorateurs s’avancent dans les glaces polaires avec l’ardeur et l’émotion de leurs pères devant les merveilles équatoriales.

De même, pendant quatre cents ans, nous avons parcouru l’histoire. Comme l’espace terrestre, le temps passé est sorti de l’inconnu, pierre à pierre, année par année. Sauf peut-être celle de l’Inde antique, il n’y a plus de grande civilisation morte que nous ne puissions reconstituer sur des données historiques et certaines. Presque partout, le détail est encore livré au zèle des chercheurs ; mais les grands siècles ne nous réservent plus de surprises extraordinaires. Et alors, comme les voyageurs vers les pôles, les historiens se rejettent sur les origines.

C’est là, dans cette nuit des temps où leurs prédécesseurs ne s’aventuraient point, c’est là que les historiens nouveaux attaquent les derniers