Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/157

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LA PERSIENNE


— Voici mon secret, me dit-elle enfin. Puisque ceci vous inquiète, cher ami, je vous dirai ce soir pourquoi je n’ai jamais voulu me marier.

Votre question est plus affectueuse que le silence des autres, où je lis quelquefois tant de réticences blessantes. On n’ignore pas, en effet, la fortune de toute ma famille, et lorsqu’une jeune fille riche ne se marie point, c’est toujours la faute de son orgueil, ou de son ambition, ou de sa laideur, ou de ses mœurs : suppositions entre lesquelles le monde a le choix libre pour juger ma vie, s’il ne les adopte à la fois, charitablement, toutes les quatre.

Croyez-le, je n’ai pas refusé mes prétendants pour eux-mêmes. C’est le mari, c’est l’homme, l’amant légal ou non, c’est lui dont je me suis écartée avec une espèce de terreur qui commence