Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/159

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ma mère. Après une heure d’insomnie, je me levai, chaussai des mules, et descendis en chemise le grand escalier, jusqu’au salon du rez-de-chaussée.

Ici… comprenez bien la disposition du salon. L’hôtel avait eu autrefois un jardin, comme lui longeant la rue. Ce terrain vendu à des constructeurs, la ville en avait exproprié une partie pour l’alignement. Une fenêtre du salon s’ouvrait donc sur un coin sombre, en retrait, mystérieux et noir, où les rayons du gaz ne pénétraient pas.

En entrant dans la pièce, je vis qu’on n’avait pas fermé cette fenêtre-là. Les persiennes seules étaient closes. Épuisée de chaleur et presque suffocante, je montai sur l’appui, je me retins du bout des doigts aux lattes obliques de la persienne et je respirai, des pieds à la tête, la délicieuse fraîcheur nocturne.

C’est le dernier instant de plaisir sans mélange que j’aie eu dans mon passé.


Je n’étais pas là depuis une minute lorsque, de l’autre côté, un couple survint.

L’homme entraînait la jeune fille dans ce coin d’ombre et de secret. Lui, c’était un faux ouvrier, un de ceux qui travaillent trois semaines et qui chôment six mois parce que leur beauté leur permet de mépriser le travail honnête. Elle, je la reconnus tout de suite. C’était une fille de quinze