Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/191

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LA DÉSESPÉRÉE


Ce logement d’ouvriers comprenait deux pièces et une toute petite cuisine, mais aucune des chambres n’était assez large pour contenir à la fois les deux lits de la famille. Dans la première couchaient les parents avec le dernier-né. Dans la seconde était l’autre lit, pour le fils et les petites filles : Julien, dix-huit ans ; Berthe, quatorze, et Sylvanie, neuf ou dix.

Depuis plus d’une heure tous étaient couchés. Dix heures venaient de sonner à l’église de Grenelle. L’air lumineux et doux de la lune et de la nuit descendait, par la fenêtre ouverte, dans la chambre des « enfants ». Tous trois reposaient sur le côté, Julien tournant le dos à la petite qui dormait au bord du matelas, et Berthe s’allongeait en face de son frère, la joue sur le bras, les yeux grands ouverts.