Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— D’ailleurs, poursuivit-il, et en admettant même que l’on pût soutenir la dualité des intelligences, nous n’avons pas à nous occuper ici de psychologie, mais de mariage. Le mariage a un but précis que nous connaissons tous et que nul ne discute. Or, si Maria-Maddalena est venue au monde avec un cerveau double, elle est parfaitement simple au point de vue nuptial. De ces deux femmes, que vous distinguez jusqu’à la ceinture, l’unité d’organe ne fait qu’une seule épouse.

— Évidemment.

— L’avocat de la deuxième sœur répondit qu’il ne s’égarerait pas dans les digressions mythologiques où s’était complu l’adversaire et qu’il plaiderait pour le bon sens. Le seul fait que Maria-Maddalena sont en procès l’une contre l’autre, dit-il, prouve suffisamment qu’elles ne se confondent pas. Maria refuse de se marier. Si M. X… épouse sa sœur, ma cliente sera nécessairement enlevée : rapt, compliqué par la minorité du sujet, premier crime. — Enlevée, elle sera détenue malgré elle au domicile conjugal des demandeurs : séquestration, deuxième crime. — Là, notre mineure séquestrée sera contrainte d’assister à toutes les caresses intimes échangées entre les époux : outrage à la pudeur, exhibitionnisme, troisième crime. — Par la force elle sera mise au lit près d’un homme avec la complicité de Maddalena et dans l’intérêt de celle-ci : proxénétisme, traite des