Page:Louÿs - Œuvres complètes, éd. Slatkine Reprints, 1929 - 1931, tome 7.djvu/89

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



ESCALE EN RADE DE NEMOURS


M. Walter H…, dont le nom est aujourd’hui trop célèbre pour qu’il soit nécessaire de l’écrire en toutes lettres, a été mon ami pendant vingt-quatre heures, un jour où nous avons failli périr ensemble.

Lui et moi, nous étions montés, sans nous connaître, sur un transatlantique de cabotage, la Ville-de-Barcelone, qui faisait le service des ports entre la blanche Tanger, Gibraltar et Oran. Tempête sur toute la mer. Les journaux espagnols, achetés à Malaga, racontaient l’engloutissement du plus beau croiseur de la flotte, la Reina-Regente, coulé bas sous une trombe de vent, avec quatre cent cinquante-cinq officiers et matelots, dans les mêmes parages. Je revois encore l’aspect de ces journaux funèbres et la liste immense des morts