Page:Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu/13

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II
PRÉFACE.

pour suivre un traitement spécial. À peine convalescent, il partit pour la Cochinchine, où il joua bientôt le rôle le plus intelligent et le plus utile. Nommé capitaine de frégate le 2 décembre 1864, en récompense des services qu’il avait rendus dans les négociations relatives à l’établissement du protectorat du Cambodge, il voulut compléter la tâche à laquelle il s’était voué, et il accepta, au commencement de 1866, la direction du voyage d’exploration qui devait lui coûter la vie.

Ce voyage mit dans tout leur relief les éminentes qualités de M. de Lagrée : la sûreté d’intelligence, l’élévation de caractère qu’il déploya au milieu des circonstances les plus difficiles, excitèrent souvent notre admiration. Son extrême distinction d’esprit, sa délicatesse de cœur lui conquirent dès les premiers jours notre affection et notre respect. Il fut pour nous moins un chef qu’un père de famille : il se réserva la plus grande part des fatigues et garda tout entiers les soucis et la responsabilité du commandement. Continuateur insuffisant de son œuvre, j’ai hâte de placer sous l’égide de son souvenir un ouvrage auquel il aurait seul pu donner l’autorité et le développement nécessaires.

Malheureusement, à l’exception d’un mémoire sur les ruines d’Angcor que sa famille a bien voulu me communiquer, je n’ai disposé, pour la partie politique et historique dont M. de Lagrée s’était réservé la rédaction, que de quelques documents épars. Mes notes personnelles, les rapports officiels que M. de Lagrée a adressés au gouverneur de la Cochinchine pendant les premiers mois du voyage, le journal très-succinct de ses excursions particulières, le souvenir de ses conversations m’ont permis d’aborder une élude à laquelle j’étais peu préparé. Elle sera nécessairement plus incomplète que le travail spécial qu’avait sans doute commencé M. de Lagrée et que, par des scrupules d’une excessive modestie, il a compris dans les papiers dont, au moment de sa mort, il a exigé l’anéantissement. J’ai soigneusement précisé par des notes la part de M. de Lagrée à la rédaction du texte.

Le premier volume contient la partie descriptive, historique et politique du voyage. Je n’espère pas avoir réussi à concilier l’intérêt du récit avec les nécessités scientifiques qui sont la raison d’être de la présente publication. À vrai dire, je crains bien que ceux qui chercheront dans ce livre des narrations amusantes, n’éprouvent une déception. À leur tour, les savants n’y trouveront peut-être pas, traitées avec des développements suffisants, les questions spéciales qui les intéressent. J’ai dû réduire le côté pittoresque et anecdotique aux faits qui pouvaient contenir des indications nouvelles ou des renseignements utiles. J’ai évité en matière scientifique les conclusions définitives et les théories de toutes pièces, me contentant de rassembler des matériaux dont les érudits feront un meilleur usage que moi.

Notre première visite, en quittant Saïgon, a été pour ces magnifiques ruines d’Ang-