Page:Louis Delaporte - Voyage d'exploration en Indo-Chine, tome 1.djvu/143

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Ngo (Ou) à son empire, il rappela les troupes de Giao (Kiao-tchi). Alors le Tich-tsi de Giao, nommé Dao-hoang, lui fit cette adresse : Très-loin, en dehors de Giao, à plusieurs milliers de li, se trouve Lam-ap (Lin-y), dont le chef Pham-hung passe sa vie à faire le brigandage, et prend le titre de roi. Ce peuple fait des invasions continuelles chez nous, et uni avec Pho-nam (Fou-nan), il forme une multitude immense qui se retire dans des lieux inaccessibles. Au temps des Ngo, ces gens de Lam-ap ont fait leur soumission ; mais ce n’a été qu’un moyen de plus de piller les populations, de mettre à mort leurs chefs. Envoyé chez eux pour les tenir en respect, j’y ai passé plus de dix ans : ils se sont toujours dérobés dans leurs antres et leurs repaires. J’avais avec moi huit mille hommes qui ont pour la plupart péri de misère et de maladie : il ne m’en reste que deux mille quatre cent et quelques. Maintenant que les quatre mers jouissent de la paix la plus parfaite, il faudrait penser à envoyer des renforts ; mais comme je suis fonctionnaire d’un gouvernement déchu [1], ce que je dis n’aura aucune importance [2]. »

L’empereur Mou-ti, qui régnait alors en Chine, suivit les conseils qui lui étaient donnés et jugea même l’état des choses assez grave pour envoyer dans le Kiao-tchi un prince de sa famille. Ce prince est désigné dans les annales annamites sous le nom de Nguyen-phu. En 353, Nguyen-phu porta la guerre dans le Lin-y qu’il soumit et où il détruisit plus de cinquante forteresses.[3] C’est sans doute à la suite de cette expédition

  1. C’est-à-dire un fonctionnaire de la dynastie qui venait d’être renversée par celle des Tsin.
  2. P. Legrand de la Liraye, op. cit., p. 51. L’estimable auteur ajoute que Pho-nam est probablement Haïnan. On voit que c’est là une erreur.
  3. Le Ta thsing y thoung tchi (k. 440) donne quelques détails sur les origines de cette guerre à l’article Tchentehing : À la fin de la dynastie des Han, le royaume de Lin-y s’était étendu au détriment de ses voisins, sous le long règne d’un grand roi qui mourut sans postérité, et qui désigna, pour lui succéder, un fils de sa sœur nommé Fan-y. Celui-ci mourut en 337, et un de ses serviteurs nommé Fan-ouen s’empara du trône. D’après le récit chinois, Fan-ouen paraît être un simple gardien de troupeaux, originaire de la ville de Si-kiuen bien située dans le Ji-nan ; dévoré d’ambition, il réussit à se fabriquer une épée merveilleuse à l’aide de laquelle il s’empara du trône et porta la guerre chez tous ses voisins. Il réunit une armée considérable et 50,000 éléphants. En l’an 348, il porta la guerre dans le Ji-nan, qu’il réclamait comme lui appartenant. Après sa mort, survenue peu après, son fils continua son œuvre de conquête, mais il fut vaincu par Kieou-tchen-tay-cheou qui conquit la ville de Lin-y. Le nom de Kieou-tchen-tay-cheou qui se prononce en annamite : Cu’u dien thay thu, et signifie « gouverneur général des neuf districts, » n’est sans doute que le titre de Nguyenphu. On retrouverait probablement le même récit dans les annales annamites : Fan-y et Fan-ouen doivent y figurer sous les noms de Phan-dzat et Phan-van. Il me paraît probable que l’épée merveilleuse de Fan-ouen est l’origine de l’arme de même nature conservée aujourd’hui avec soin par les Charaï (voyez la page 108). La grande extension attribuée au royaume de Tchen-tching ou de Lin-y à la fin de la dynastie des Han, c’est-à-dire au moment même des conquêtes des rois du Fou-nan, Fan se-man et Fan-siun, me ferait soupçonner quelque confusion entre le Fou-nan et le Lin-y, réunis sans doute à ce moment (dernière moitié du troisième siècle) sous la même domination. Ce qui me confirmerait dans cette opinion, c’est que le Hay koue thou tchi (loc. cit., historiens des Tsi) dit, comme on le verra plus loin, à propos des plaintes que le roi du Fou nan adressa à l’empereur de Chine, au cinquième siècle, contre le roi du Lin-y, que celui-ci avait été jadis un serviteur du roi du Fou-nan. Il en résulterait que Fan-ouen n’aurait fait que reconquérir l’indépendance du Lin-y, à la mort du neveu du roi conquérant dont parle le Ta thsing y thoung tchi et qui doit être un neveu de Fan-siun.

    C’est à la conquête du Lin-y par le Fou-nan, au troisième siècle, que semble se rapporter l’incident suivant, raconté par le Pien y tien (k. 97) : « D’après le Chouy kin tchou tchou tchi, l’armée du Fou-nan alla attaquer une ville du royaume du Lin-y, située à l’est d’un grand lac. À 6 li des murailles de cette ville, l’eau se dirigeait