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ESSAI HISTORIQUE SUR LE NORD DE L’INDO-CHINE.

arrivés au treizième siècle. Il est difficile d’affirmer si le chiffre de cinquante, pour le nombre des prédécesseurs de Phya Alang, doit être pris à la lettre. Il en résulterait que Kun Borom et ses fils auraient vécu vers le septième siècle de notre ère. Les indications chronologiques éparses dans les auteurs chinois et les annales de Labong semblent reculer davantage cette date. Dans tous les cas, nous trouvons ici une affirmation très-nette de la communauté d’origine des Annamites et des Laotiens.

Les mêmes noms ayant été successivement portés par un grand nombre de royaumes indo-chinois, il est difficile de déterminer la situation première des principautés fondées par les fils de Kun Borom. Peut-être, dans Muong Phong, faut-il reconnaître le royaume de Pong, dont parle Pemberton, et qui occupait la partie septentrionale de la vallée de l’iraouady. Il fut absorbé par les Birmans vers le xve siècle de notre ère. Les changements fréquents de résidence des souverains, non moins que la variété d’appellation de leurs capitales, rendent l’histoire de la région comprise entre Xieng Hong et Xieng Mai à peu près inextricable. Dans cet espace, sept ou huit villes se sont successivement disputé la suprématie politique ; c’est là que se sont établis sans doute Kun Saifong, qu’il faudrait peut-être identifier avec le Vasudeva ou le Taka des annales de Labong et Xieng Mai ( Voy. ci-dessus, p. 105, note 1), et Kun Ngou En. Le mot Kun qui est probablement un nom de famille ou de tribu se retrouve dans le royaume de Xieng Tong, dont les habitants s’appellent encore aujourd’hui Kuns. Le Muong Ho, fondé par Kun Falang, est peut-être le royaume de Nan-tchao des historiens chinois, qui comprenait au viiie siècle la plus grande partie du Yun-nan. Cette province est encore désignée aujourd’hui par les Laotiens sous le nom de Muong Ho.

En somme, la première date certaine que l’on puisse relever dans le passé de la race thai est celle de la fondation de Labong en 575. Deux ans après, Zama, fille du roi de Chandrapouri, et veuve du roi du Cambodge, monta sur le trône de cette ville. Chandrapouri, qui est le nom pali de Vien Chon, désigne la capitale du Muong Choa, fondée par le fils aîné de Kun Borom. Après Zama, quarante-cinq princes, dont on ne connaît que le nom, se succédèrent sur le trône de Labong et nous conduisent à la fin du xiiie siècle, donnant ainsi une confirmation remarquable des cinquante règnes qui se seraient écoulés pendant la même période entre Kun Choa et Phya Alang.

C’est à Chandrapouri, c’est-à-dire dans l’ancien royaume de Youe-Tchang ou Lao-tchoua des historiens chinois, que le bouddhisme paraît s’être établi tout d’abord.

Il est probable que cette religion a pénétré dans cette partie de l’Indo-Chine, à la même époque qu’en Chine, c’est-à-dire au premier siècle de notre ère, alors que le brahmanisme était encore prépondérant au Cambodge. De Chandrapouri, le bouddhisme a rayonné dans l’intérieur de la péninsule. Comme nous l’avons vu (Voy. ci-dessus, p. 120), il ne devint qu’au vie siècle la religion dominante du Cambodge ; il s’implanta à la même époque à Xieng Mai et paraît de là avoir gagné les royaumes laotiens de Xieng Sèn et d’Alévy. Au xviie siècle, d’après Wusthof[1], les bonzes de Siam et du Cambodge allaient encore dans le royaume de Vien Chan faire leurs études et recevoir leurs grades ; les plus

  1. Voy. Bulletin de la Société de Géographie, sept.-oct. 1871, p. 277.