Page:Louis Napoléon Bonaparte - Histoire de Jules César, tome 1, Plon 1865.djvu/412

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dévouées, où ses légions pouvaient être facilement recrutées. Quant à la province au delà des Alpes, il était probable qu’un événement fortuit ou une proposition nouvelle la placerait sous ses ordres. C’est ce qui arriva plus tôt qu’il ne s’y attendait, car le sénat, par un calcul habile, mais rare à cette époque, ajouta à ce commandement une troisième province, la Gaule chevelue (comata) ou transalpine, et une quatrième légion. Il se donnait ainsi le mérite d’une initiative que le peuple aurait prise de lui-même, s’il n’eût été devancé[1].

Transporté de joie à cette nouvelle, César, d’après Suétone, se serait écrié, en plein sénat, que maintenant, parvenu au but de ses désirs malgré ses ennemis, il marcherait sur leurs têtes[2].

Cette anecdote n’est pas vraisemblable. Il était trop prudent pour provoquer en face ses adversaires, au moment où il allait s’éloigner de Rome. « Toujours maître de lui-même, dit un ancien auteur, il ne heurtait personne inutilement[3]. »


Opposition de la noblesse.

V. Pendant qu’aux prises avec les difficultés les plus sérieuses, César s’efforçait d’asseoir la République sur de meilleures bases, le parti aristocratique se consolait de ses défaites successives par une petite guerre de sarcasmes et de chicanes. Au théâtre, il applaudissait toutes les allusions blessantes pour Pompée, et recevait César avec froideur[4].

  1. Dion-Cassius, XXXVIII, viii. — Suétone, xxii.
  2. Suétone, César, xxii.
  3. Dion-Cassius, XL, xxxiv.
  4. « Aux gladiateurs, on a reçu à coups de sifflets celui qui les donnait et tout son cortège. Aux jeux Apollinaires, le tragédien Diphilus a fait une allusion bien vive à notre ami Pompée, dans ce passage, « C’est notre misère qui te fait grand ; » on l’a fait répéter mille fois. Plus loin, les cris de l’assemblée entière ont accompagné sa voix, lorsqu’il a dit : « Un temps viendra où tu gémiras profondément sur ta malheureuse puissance, » etc. Car ce sont des vers qu’on dirait faits pour la circonstance par un ennemi de Pompée. Ces mots : « Si rien