Page:Lucien - Œuvres complètes, trad. Talbot, tome I, 1866.djvu/15

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INTRODUCTION ET NOTICE.


Lucien naquit en Syrie, à Samosate, ville située sur les bords de l’Euphrate et capitale de la Comagène, petit royaume qui, après avoir conservé une ombre d’indépendance sous les premiers empereurs, devint province romaine au temps de Domitien. La date de sa naissance n’a pu être fixée avec précision. On la place avec vraisemblance vers les dernières années du règne d’Adrien ou les premières de celui d’Antonin le Pieux, de 137 à 140 après J. C. Le nom de son père, homme pauvre et obscur, est demeuré inconnu : toutefois, le savant Moïse Dusoul croit qu’il s’appelait Sévérianus[1].

Lorsque Lucien, au sortir des écoles publiques, fut en âge d’apprendre un métier, son père le mit en apprentissage chez un oncle qui était statuaire[2]. Son début ne fut pas heureux ; il brisa la tablette de marbre qu’on lui avait donnée à tailler. Son oncle irrité, saisissant une courroie qui était à sa portée, lui infligea une correction qui l’initia au métier par des pleurs. Lucien s’enfuit en sanglotant auprès de sa mère, qui maudit mille fois la brutalité de son frère, consola son enfant et obtint de son mari qu’il ne fût plus envoyé à cette rude école. En effet, Lucien, entraîné vers les lettres par une vocation qu’il a rendue célèbre dans sa vision allégorique du Songe, embrassa d’abord la profession d’avocat

  1. Voy. l’édition de Lucien de Th. Lehmann, t. IV, p. 574.
  2. Le Songe, 1 et suivants.