Page:Lucien - Œuvres complètes, trad. Talbot, tome I, 1866.djvu/37

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.





ŒUVRES COMPLÈTES


DE LUCIEN





I

LE SONGE.

[1] J’avais cessé depuis peu d’aller aux écoles, et j’étais déjà grand garçon, lorsque mon père tint conseil avec ses amis sur ce qu’il ferait de moi. Le plus grand nombre fut d’avis que la profession des lettres demandait beaucoup de travail et de temps, des frais considérables, une fortune brillante : or, nos ressources étaient fort minces, et nous allions avoir besoin, avant peu, d’un secours étranger. Si, au contraire, j’apprenais quelque métier, je pourrais tout d’abord me procurer le nécessaire, et ne plus vivre à la charge de la famille, à l’âge que j’avais. Bientôt même je serais agréable à mon père, en apportant quelque argent à la maison.

[2] Le point d’une seconde délibération fut de savoir quel est le métier le meilleur, le plus facile à apprendre, le plus digne d’un homme libre, celui enfin dont les instruments sont le plus à portée et qui suffit le plus vite aux besoins. Chacun se mit à louer tel ou tel art, suivant son humeur ou ses connaissances ; mais mon père jetant les yeux sur mon oncle maternel, qui assistait au conseil, et qui passait pour un statuaire habile et un excellent ouvrier en marbre : « Il n’est pas convenable, dit-il, qu’un autre ait la préférence quand vous êtes là : prenez-moi ce garçon, ajouta-t-il en me désignant, emmenez-le et faites-en un bon tailleur de pierre, un bon ajusteur, un bon sculpteur ; il le peut, et il a pour cet art, vous le savez, d’heureuses dispo-