Page:Lucrèce, Virgile, Valérius Flaccus - Œuvres complètes, Nisard.djvu/547

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


quelle que soit leur mère ? Oui, j’ai bien compris, Jupiter, quelle serait ta volonté constante, depuis le jour où Diane perça injustement de ses flèches mon fils Orion, qui remplit aujourd’hui le Tartare. Que ton courage, Amycus, que ta naissance ne te rende pas trop présomptueux ; ne t’aveugle pas davantage sur ce que peut désormais ton père. Une autre puissance, une volonté supérieure à la nôtre, celle de Jupiter, l’emporte, et protège avant tout les siens. Sans cela, déchaînant les tempêtes, j’eusse essayé du moins de retenir ou d’éloigner ce vaisseau : mais rien ne peut plus retarder ta mort. (4, 130) Opprime donc, frère barbare, les rois dont tu es le premier. » Et, détournant les yeux, il abandonne son fils et ses combats sinistres, et baigne le rivage de flots ensanglantés.

Jason ordonne d’abord d’explorer le pays, ses fleuves, le peuple qui l’habite. Échion pénétrait à peine dans l’intérieur, qu’il trouve au fond d’une vallée un jeune homme qui sanglottait à l’écart et pleurait la mort d’un ami. À l’aspect d’Échion qui s’avance, la tête couverte, comme Mercure son père, du casque d’Arcadie, et qui tient à la main un rameau, symbole de la paix : (4, 140) « Qui que vous soyez, dit l’inconnu, fuyez, il en est temps. » Échion stupéfait s’arrête, et l’étranger le pressant de plus en plus de fuir, il l’entraîne avec lui, et le force à s’expliquer devant ses compagnons. Celui-ci, étendant la main : « Cette terre, dit-il, ô guerriers, ne vous sera point hospitalière ; rien n’est sacré pour ce peuple ; la mort et les luttes sanglantes sont les hôtes de ces rivages. Amycus, dont la tête orgueilleuse touche aux nues, va bientôt vous provoquer au combat du ceste. (4, 150) Telle est envers les étrangers la fureur toujours renaissante de ce fou qui passe pour fils de Neptune ; il choisit pour champions, comme des victimes innocentes qu’on traîne à l’autel, des adversaires incapables de lui résister, afin de plonger ses mains dans leur cervelle brisée. Réfléchissez donc ; il est encore temps de fuir ; profitez-en. Qui oserait entrer en lice avec un pareil monstre ? qui seulement voudrait le voir ? »

« Es-tu, lui dit Jason, un des Bébryces ? et ton cœur est-il autre (car l’humanité est souvent le partage du vulgaire) que celui de leur roi ? Ou si tu es un étranger que le hasard a poussé sur ces côtes, (4, 160) comment le ceste d’Amycus ne t’a-t-il pas encore broyé la tête ? » « J’avais, répond-il, un ami qui m’était cher au-dessus de tous les amis, Otrée, la gloire et l’honneur des siens, et que vous-mêmes n’eussiez pas dédaigné pour compagnon ; je le suivis, comme il allait en Phrygie demander la main d’Hésione. Forcé de se battre contre Amycus, ce fut moi-même qui attachai son ceste. Otrée était à peine en garde, qu’Amycus, de sa main foudroyante, lui fracassa le crâne et fit voler sa cervelle. Pour moi, qu’il jugea indigne de ses armes, indigne de mourir, et qu’il laissa me consumer dans les larmes et dans le chagrin, (4, 170) je n’ai plus qu’un espoir :