Page:Luzel - Contes bretons, Clairet, 1870.djvu/99

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Son frère, qui était resté à la maison, allait chaque matin, en se levant, donner un coup de couteau dans le tronc du laurier du jardin, et, comme il n’amenait pas de sang, il ne s’inquiétait de rien et il se disait :

— Dieu soit loué ! il est toujours en vie, mon frère chéri ?

— Mais hélas ! ce matin-là, dès qu’il eut donné son coup de couteau, comme à l’ordinaire, le sang jaillit du tronc du laurier.

— O malheur ! mon pauvre frère est mort ! s’écria-t-il aussitôt.

Et le voilà d’aller trouver son père, les larmes aux yeux, et de lui dire : —

— Hélas ! mon père, mon pauvre frère est mort !

— Comment peux-tu savoir cela ?

— Il m’avait recommandé, avant de partir, d’aller tous les matins, en me levant, donner un coup de couteau dans le tronc du laurier de notre jardin, me disant que lorsque j’amènerais du sang, il serait mort. Hélas ! ce matin, le sang a jailli du tronc du laurier : mon pauvre frère est mort ! Mais je veux aller à sa recherche, et je ne cesserai de marcher, ni la nuit ni le jour, que quand je l’aurai retrouvé.

Son père et sa mère eurent beau le supplier, en pleurant, de ne pas les abandonner dans leur vieillesse, il ne les écoutait, et il partit, emmenant aussi son cheval et son chien, comme son frère. A force de marcher, nuit et jour, sans jamais s’arrêter, il arriva dans la même avenue de chênes que son frère. Il frappa aussi à la porte du château, et on lui ouvrit aussitôt. La femme de son frère, en le voyant entrer dans la