Page:Luzel - Contes populaires, volume 1, 1887.djvu/330

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lit, puis se retirèrent. Le jeune époux arriva alors, beau et brillant ; car, après le coucher du soleil, il perdait sa tête de poulain et devenait en tout semblable aux autres hommes. Il courut au lit, se pencha sur la jeune épouse, comme pour l’embrasser, et lui coupa la tête !...

Le lendemain matin, quand sa mère vint, elle fut saisie d’horreur au spectacle qui s’offrit à ses yeux, et s’écria :

— Dieu, mon fils, qu’avez-vous fait ?

— Je lui ai fait, ma mère, ce qu’elle voulait me faire à moi-même.

Trois mois après, l’envie de se marier reprit le seigneur à la tête de poulain, et il pria sa mère de lui aller demander la seconde fille du fermier. Celle-ci ignorait, sans doute, la manière dont sa sœur avait péri ; aussi, accepta-t-elle avec empressement la proposition qui lui était faite, toujours à cause des grands biens du jeune seigneur.

Les préparatifs de la noce commencèrent aussitôt, et un jour qu’elle était, comme sa sœur, près du douet, regardant les lavandières du château, causant et riant avec elles, quelqu’une lui dit :

— Comment pouvez-vous prendre pour mari un homme à tête de poulain, jolie comme vous êtes ? Et puis, prenez bien garde, personne ne