Page:Luzel - Contes populaires, volume 1, 1887.djvu/433

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plexité était grande et cruelle. Son âme était navrée de l’état où il voyait son ami, celui à qui il devait sa femme et la vie même, — et cela par sa faute !... Mais aussi, égorger son fils unique, un si bel enfant !...

Il arrive au palais et va voir son ami, aussitôt. Il le revoit dans le même état et pleure abondamment. Il était malheureux et ne mangeait ni ne dormait plus. Enfin, il se dit un jour :

— Je ne puis rester plus longtemps dans cette situation ! Il faut délivrer mon ami !...

Il prend un couteau et se dirige vers la chambre de son fils. Mais, le cœur lui manque, en le voyant endormi, dans son berceau, si gentil et le sourire sur les lèvres ; il hésite, le couteau lui tombe de la main, et il revient sur ses pas. Il retourne auprès de son ami le bossu et est tellement ému de son supplice qu’il court de nouveau à la chambre de son fils, fou de douleur, et le frappe, cette fois. Il recueille son sang dans un vase et court en arroser le bossu. Aussitôt celui-ci se sent soulagé, le feu s’éteint dans sa bouche, dans ses narines et ses yeux, et, peu à peu, la partie pétrifiée de son corps s’assouplit ; le marbre redevient chair, le sang y circule de nouveau, et il est bientôt rendu à son état naturel.

Les deux amis se jetèrent dans les bras l’un de l’autre, en pleurant de joie.