Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/183

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


s’écroula, avec un grand bruit. Il n’en resta pas pierre sur pierre. Puis, retournant la baguette vers les neuf frères, qui se cachaient derrière leur sœur, saisis d’épouvante, elle prononça une autre formule magique, et les neuf frères furent aussitôt métamorphosés en neuf moutons blancs. Elle dit ensuite à Lévénès, qui avait conserve sa forme naturelle :

— Tu peux, à présent, aller garder tes moutons, sur cette lande. Et encore ne dis jamais à personne que ces moutons sont tes frères, ou il t’arrivera comme à eux. Puis elle partit, en ricanant.

Les beaux jardins du château et le grand bois qui l’entourait avaient été changés aussi, instantanément, en une grande lande, aride et désolée.

La pauvre Lévénès, restée seule avec ses neuf moutons blancs, les faisait paître sur la grande lande, et ne les perdait pas de vue, un seul instant. Elle leur cherchait des touffes d’herbe fraîche, qu’ils mangeaient dans sa main, et jouait avec eux, et les caressait, les peignait, et leur parlait, comme s’ils la comprenaient. Et ils paraissaient la comprendre, en effet. Un d’eux était plus grand que les autres ; c’était Goulven, l’aîné de ses frères. Lévénès avait construit, avec des pierres, des mottes de terre, de la mousse et des herbes sèches, un abri, une sorte de hutte, et, la