Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/403

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et mangeant de la soupe, à une écuelle qu’elle avait sur ses genoux.

— Voilà une bien jolie fille, se dit-il, je vais lui demander mon chemin, pour la voir de près et causer un peu avec elle.

A mesure qu’il approchait de la maison, il entendait un enfant crier, comme si on l’égorgeait.

— Bonjour, mon joli cœur, dit-il à la jeune fille, en l’abordant.

— Que voulez-vous ? lui demanda-t-elle, d’un ton arrogant.

— Est-il donc arrivé quelque malheur dans votre maison, pour que j’y entende crier de la sorte ?

— Qu’est-ce que cela vous fait ? Entrez, du reste, si vous voulez, et vous verrez.

Et Jean entra dans la maison. Il fut aussitôt saisi d’horreur et resta quelque temps immobile, comme un pieu de pierre (peulvan), au spectacle qui s’offrit à ses yeux. Il vit là une mère, toute sanglante, armée d’un couteau et taillant et enlevant des morceaux de chair vive aux fesses d’un petit enfant de quatre ou cinq ans.

— Que fais-tu, femme dénaturée, tison d’enfer ? ne put-il s’empêcher de s’écrier.

— De quoi vous mêlez-vous, vous ? lui répondit ce monstre. Ne voyez-vous donc pas que le tailleur ayant fait trop étroit du derrière la