Page:Luzel - Contes populaires, volume 3, 1887.djvu/60

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Et il lui présenta une pomme.

A la vue de ce fruit, cause de tout son malheur, elle détourna d’abord la tête et fit une grimace. Mais, sur l’insistance de son confesseur, elle la prit et y mordit, à belles dents. Ses cornes disparurent aussitôt, par enchantement, et en même temps, les plaies de son corps se cicatrisèrent aussi. Alors, le faux prêtre, se dépouillant de sa soutane et de la perruque dont il s’était affublé, lui dit :

— Regardez-moi, ne me reconnaissez-vous pas ? La princesse se jeta à ses pieds, en criant :

— Grâce ! grâce ! Je suis assez punie.

Le roi et la reine, qui étaient à la porte de la chambre, ayant entendu leur fille crier grâce, entrèrent subitement, et, voyant que ses cornes avaient disparu, comme les leurs :

— Je vous donne la main de ma fille ! s’écria le roi, en se jetant au cou du médecin, pour l’embrasser.

— Merci ! sire, répondit celui-ci ; je la connais trop bien, pour en vouloir pour femme ; donnez-moi les quatre barriques d’argent que vous m’avez promises, et gardez votre fille.

Le vieux monarque eût préféré donner sa fille et garder son argent ; il s’exécuta pourtant d’assez bonne grâce et vida ses caisses, parce qu’il craignait le retour des cornes.