Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/256

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— Ne parlez pas si haut, et ayez un peu de patience.

— Qu’est-ce que c’est, femme ? Dites-moi, vite.

— Eh bien ! j’ai logé deux petits chrétiens, les plus gentils du monde.

— Deux petits chrétiens ! Où sont-ils ? Je veux les manger tout de suite.

— Mais prenez donc patience un peu, vous dis-je ; ils sont couchés avec les enfants, et demain matin, nous les mangerons à déjeûner.

— Oui, nous les mangerons à notre déjeûner ; mais je veux leur couper la tête tout de suite, et les mettre à cuire dans la marmite, afin d’en être plus sûr.

Et il prit un grand coutelas, monta à la chambre de ses enfants et trancha, sans hésiter, les deux têtes qui portaient des bonnets rouges ; puis il descendit avec les corps et les têtes tout sanglants, et les jeta dans une grande marmite, qui était sur le feu, en disant avec un rire féroce :

— Ah ! ah ! ah ! le bon déjeûner que nous ferons demain matin !

Ensuite il soupa, mangea un bœuf entier avec sa femme, but une demi-barrique de vin et alla alors se coucher, en songeant à son déjeûner du lendemain.

Dès qu’il fit jour, Jeanne se leva et fit la leçon à son frère. Elle lui dit :