Page:Luzel - Légendes chrétiennes, volume 2, 1881.djvu/86

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demandèrent à leur maîtresse de leur envoyer Touina à la cuisine pour les aider. La dame y consentit, et Touina descendit de sa chambre. Elle fut employée à poser les plats sur la table dans la salle à manger. Le jeune seigneur, qui ne l’avait pas encore vue, fut frappé de sa bonne mine, de son air distingué, de son maintien modeste, et il demanda à sa mère qui elle était.

— Je ne sais pas bien, répondit-elle ; elle m’a été présentée par un vieillard à barbe blanche, que je crois être son père. Je l’ai prise par pitié, car ils paraissaient bien malheureux et ne vivaient que d’aumônes, et je suis loin de m’en repentir, car cette jeune fille a toutes les qualités possibles, et de plus je la crois une vraie sainte.

Le jeune seigneur fut vivement intrigué par ces paroles de sa mère. Pendant tout le repas, il ne quitta pas des yeux Touina, et il était déjà amoureux d’elle. Son amour ne fit que croître de jour en jour, si bien qu’il demanda à sa mère de lui permettre de l’épouser. La dame, bien qu’aimant et estimant beaucoup la jeune fille, ne trouvait pas que ce fût un parti convenable pour son fils, et elle lui représentait de son mieux qu’elle ne pouvait le laisser épouser une servante, une fille venue on ne savait d’où, dont le père mendiait son pain de porte en porte. Mais toutes ces représentations et ces sermons étaient en pure