Page:Luzel - Soniou Breiz Izel vol 2 1890.djvu/53

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   Asseyez-vous, commère, sur votre séant,
Que je vous raconte la vie que je mène.

   A présent, dit-elle, ma chère commère,
J’ai à aller prendre de l’eau et du lait ;

   Et ensuite, comme vous le savez fort bien,
Le lait sera à baratter ;

   Et encore tantôt dira Jean,
Encore il dira que je n’aurai rien fait ;

   Encore il dira que je n’aurai rien fait,
Moi qui file sans cesser mie.

   — Si c’est là la vie qu’il te fait mener,
Prends une branche d’ortie pour le fouetter,

   Et, quand il te verra marcher sur lui,
S’il n’est pas de ta force, il reculera.

   — Je n’ai pas un mot à dire (m-à-m. à fendre)
Car, hélas ! je ne suis pas de force ;

   Et, si je l’avais été, il y a longtemps
Qu’il ne m’eût pas commandée.

   — Cette vie-là, nous la menons toutes,
Encore avons-nous des coups de bâton sur le dos.

   — Quand j’étais jeune et sans souci,
Moi, j’avais du cœur à me marier ;

   J’étais une fille pleine de feu ;
Maintenant, que je suis mariée, j’en ai regret.

   Je m’imaginais que quand je me marierais,
J’aurais été la maîtresse ;

   J’aurais été la maîtrese,
Et voilà ma tête entortillée dans le paillasson !


Chanté par la veuve Peutite, Kerbors, août 1888.
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