Page:Luzel - Soniou Breiz Izel vol 2 1890.djvu/57

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LES COCUS.
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   Dix-neuf cocus et quatre-vingts
Se sont rencontrés dans un carrefour ;

   Et se disait l’un à l’autre d’entre eux :
— Tu es cocu, je le suis aussi.

   Dix-huit aunes de toile fine
Il va, pour faire le bonnet d’un cocu

   Et encore il dit, le pauvre cocu,
Que son bonnet n’est pas commode ;

   Que son bonnet n’est pas commode,
Que sa grande corne reste encore dehors ;

   Et encore il dit, le grand cocu :
— Mes cornes, dit-il, croîtront encore.

   Ma femme Jeannette est jolie,
Elle me gagne beaucoup d’argent ;

   Un écu par jour, et deux, le dimanche,
(Ce) qui fait huit écus, pendant la semaine.

   Autrefois, avant que je fusse cocu,
Je n’avais pas un morceau de pain à mon souper ;

   Maintenant, j’en ai, et de roux et de blanc,
Et je porte des cornes sur ma tête.

   Si j’avais autant de vaches à lait
Qu’il y a de cocus de par le monde,

   Je donnerais des crêpes et du lait caillé
A tout ce qu’il y a de cocus dans le pays.


Marie-Jeanne Cun, Pleudaniel, 1888.
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