Page:Luzel - Soniou Breiz Izel vol 2 1890.djvu/59

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LES COCUS.
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— Moi, j’ai douze frères, tous les douze cocus,
Moi même je le suis aussi, et en voilà treize !

— Endurer, endurer, mon Jeannot, il faut !
La première nuit de mes noces, quand je couchai avec ma femme
Un petit sans baptême je sentis qu’elle portait.
Endurer, endurer, mon Jeannot, il faut !

Moi de me tourner du côté de la muraille, de me mettre à pleurer :
— Seigneur Dieu, mon Dieu ! comment ferai-je à présent ?
Endurer, endurer, mon Jeannot, il faut !

— Taisez-vous, dit-elle, Jeannot, taisez-vous,ne pleurez pas ;
Ce n’est pas celui-ci le premier, car j’en ai eu deux autres ;
Endurer, endurer, mon Jeannot, il faut !

L’un était au médecin, l’autre au clerc,
Et celui-ci que je porte, au châtreur de chevaux,
Endurer, endurer, mon Jeannot, il faut !

Lève-toi sur tes talons, lève tes cornes en l’air,
Et dis que tu es heureux de marcher à mes côtés.
Endurer, endurer, mon Jeannot, il faut !


Recueilli à Kersont, dans la commune de Berhet au mois d’août 1858.
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