Page:Luzel - Soniou Breiz Izel vol 2 1890.djvu/87

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   — Si vous désirez me plaire,
Jetez-vous à l’eau pour vous noyer ;

   Jetez-vous à l’eau pour vous noyer,
Là où jamais je ne puisse vous voir.

   — Levez-vous, allumez la chandelle,
Que je vous compte votre dot ;

   Que je vous compte quatre cents écus,
(Que je vous donne) le choix de quatre gobelets ;

   Le choix de quatre métairies,
Afin que vous trouviez un jeune homme...

II

   ... La pauvre veuve disait,
Devant l’église de Goélo quand elle passait :

   — J’invoque la bénédiction de Dieu
Sur mon vieux mari, qui est allé en cette terre !

   Quand vivait mon vieux mari,
Je n’avais que du pain blanc ;

   Je n’avais que du pain blanc,
Maintenant, on me sert du fagot.

   Voilà mon vieil époux mort,
Et j’en ai eu un jeune,

   Qui me fait trembler, sans que j’aie froid,
Boire de l’eau, sans que j’aie soif ;

   Aller au lit, sans que j’aie sommeil,
Et déjeuner, sans une miette de nourriture.

   Autrefois, quand j’étais chez mon père,
On me nourrissait délicatement ;

   On me nourrissait de si mignonne sorte,
Que je n’eusse pas mangé de soupe (à l’oignon.)

   Maintenant, il faut que je mange de la soupe
Où il n’entre ni farine ni beurre ;

   Où il n’entre ni farine [1], ni beurre ;
(Ce n’est qu’une goutte d’eau, (et) une pincée de sel.

  1. Brignon : Farine d’avoine qu’on détrempait pour faire de la soupe maigre, dans laquelle on mettait des légumes, comme dans la soupe grasse, et souvent du lait doux.