Page:Luzel - Soniou Breiz Izel vol 2 1890.djvu/89

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   Autrefois, quand j’allais à la grand’messe,
J’avais cotillon plissé [1],

   J’avais cotillon plissé,
Jupe de dessous couleur de pourpre.

   Maintenant quand je vais à la messe,
Mes hardes tombent en mille loques.

   Mes hardes tombent en mille loques,
Sur mes deux jambes, j’ai deux vieilles guêtres,

   Quand j’ai de l’argent, j’ai des chaussures que j’achète,
Quand je n’en ai pas, je vais pieds nus.


Marie Clech, de la forêt de Beffou.
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LA VEUVE
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   Je vais vous chanter un portrait véritable,
Fait aux veuves, si cela vous est agréable,
Et je ne dirai rien que la vérité,
J’en appelle le public à témoin en ma faveur.

   Le mari est resté gravement malade, sur son lit :
— Hâtez-vous d’aller, tout de suite, chercher le curé.
Le mal du mari s’aggrave, il faiblit sur son lit :
— Courez, courez vite, allez quérir le curé !

   Le prêtre est venu, vêtu en blanc,
Le crucifix à la main, l’étole au cou ;
Le prêtre est venu, portant les sacrements :
— Hâtez-vous, hâtez-vous ! il est temps, avant qu’il trépasse !

   Il les a reçus (les sacrements), en suant le sang ;
Sur son corps, sur sa face, il montre la soif ;
Ses deux lèvres sont froides, ses yeux sont clos,
Ses seins se rétrécissent, ses bras sont roides ;

   Il râle, il est entré dans ses passions,
Il montre que la mort est certainement proche...
Son mari est mort : elle pleure, elle pousse des cris ;
Inutile à personne de songer à la consoler,

  1. Bléjet, ridé à grands plis venant du bas en haut de la jupe ; ce mot doit se traduire par plissé.