Page:Luzel - Soniou Breiz Izel vol 2 1890.djvu/91

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   Elle l’embrasse, elle embrasse ses enfants,
Elle dit net qu’elle voudrait,
Oui, qu’elle voudrait être morte et partir la première ;
Il est plus doux de mourir que de vivre (sans lui).

   Le corps (le mort) est enseveli, étendu sur le banc :
La croix est au-dessus de sa tète, les cierges sont allumés...
On lève le corps, et aussi les torches de cire ;
On lève le corps, pour le porter en terre.

   On met alors le cercueil sur la charrette ;
Ses gémissements, ses lamentations, sa douleur augmentent.
On avance en route, pour se rendre à l’église :
Au bout d’une demi-heure, l’office est terminé.

   Quand on descendit le corps (de la charrette) pour aller dans la tombe,
Chacun croyait sûrement qu’elle rendrait l’âme.
Une femme complaisante vient, par charité,
Consoler la veuve et ses enfants.

   — Inutiles sont les larmes, inutile est la douleur,
Votre mari est mort et en terre ;
Ne pensez plus à lui, lui ne pense pas à vous ;
Pourquoi le pleurer ? Il ne peut plus rien pour vous.

   Eh bien, ma commère, je m’en vais à la maison, à présent ;
Dans huit jours, je reviendrai (vous voir.)
— Hâtez-vous, ma commère, revenez le plus tôt que vous pourrez,
Car, jusqu’à ce que vous reveniez, je serai chagrinée (désolée.)

   Elle est revenue, la commère, visiter la veuve :
— Bonjour, ma commère, comment êtes-vous, aujourd’hui ?
Comment êtes-vous, aujourd’hui, ma commère, dites-moi ?
— Je commence à trouver du repos et à manger quelques morceaux ;

   Je ne suis pas, à présent, aussi triste que je l’ai été ;
Mon cœur est plus joyeux, et mon esprit plus libre.
— Eh bien ! ma commère, n’est-il pas temps de songer
A remplacer votre mari et à en prendre un autre ?

   — Pour cela, ma commère, croyez-le bien, je ne le ferai pas,
Car je lui ai juré que je n’aurai pas d’autre mari.
— Bah ! bah ! des contes ; serments faits dans la douleur
Sont choses inconsidérées ; je le sais par moi-même.

   Quand je devins veuve, je jurai aussi
Que jamais homme ne coucherait (plus) dans mon lit ;
Dieu ne tient pas compte de pareils serments,
Il faut être satisfait des ordres du Seigneur.