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les farfadets

Et voilà que comme il débouchait au carrefour de la Croix-qui-Penche, le Bos vit voler à sa rencontre le sphinx-tête-de-mort, un grand papillon de nuit aussi large que les souris chauves. À cheval, jambe de ci, jambe de là, sur l’affreux hippogriffe, le roi des farfadets sonnait du cor dans la coquille creuse d’un limaçon, s’interrompant pour chanter à pleine voix les terribles paroles de la danse du glaive :


Tan ! tan ! dir ! oh ! dir ! tan ! tan ! dir ha tan !
Tann tann tir ha tonn ! tonn tir ha tir hatann !


Le vieillard épouvanté tomba le front dans la poussière.



Comme l’infernal boute-selle retentissait encore, toute la forêt des herbes hautes s’animait à la fois d’une vie étrange et terrible.

Enfourchant des sauterelles en vert corselet, précédés de libellules à gueule de dragon et de bourdons en pourpoint de velours qui servaient de clairons, les farfadets cruels s’élancèrent au massacre. Sous leur vol vertigineux, on voyait au loin onduler les folles avoines. On voyait se courber les seigles verts.


la reine miranda, qui se baignait dans l’étang bleu
Ils s’abattirent comme une pluie de crapauds sur les prairies, et surprirent au milieu de leurs jeux nos tant doux Korrigans.

La reine Miranda, qui se baignait dans l’étang bleu, fut tuée avec ses filles d’honneur. Et c’est depuis lors que les rainettes, chaque nuit, se lamentent.