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LA LEGENDE DE PEFIN « LE BREl- » I9I

lutte terrible s'engage; enfin Pépin peut tirer son couteau et tue le lion : « Après vint a son cheval, qui mult estoit navreis, et ata- chat le lion a la couwe de son cheval et l'amenât avuec li a l'oust. » Rentré en France, « adont fist le petis Pépin ameneir avuec ly sour une somier le lyon, assavoir le peaulx forée de strain ; si en fisent tous les Franchois grant fieste, et fut pendue en palais a Paris '. » Nous avons sans doute encore ici un simple dévelop- pement, dû à l'auteur de quelqu'un des nombreux poèmes in- connus de nous qui garnissaient l'extraordinaire « librairie » de Jean d'Outremeuse, de la donnée légendaire du lion tué par Pépin.

Quoi qu'il en soit, le souvenir de cet acte héroïque était indissolublement lié à celui de la petite taille du héros, et l'un- et l'autre s'étaient attachés au père de Charlemagne : l'imagina- tion se plaisait au contraste de sa petitesse avec la grandeur légendaire de son fils. Dans le poème perdu du Coiironmiuenl de Charles, dont nous possédons un abrégé norvégien, les Français, en voyant le jeune roi monté sur un puissant cheval, remercient Dieu d'avoir permis qu'un homme aussi petit que l'était Pépin ait pu engendrer un fils aussi grand -. Son nom se présente rarement dans les textes sans être accompagné de l'épithète « petit » 5. Cette petitesse n'est pas toujours excessive : elle

��devant estcit aportcis de Tharse en une hughe de fier, et avoit esteit presen- teit al roy de Beahvier ; mains ons l'avoit si mal gardeit qu'ilh escapat et entrât en chis bois, si n'osoit la passeir nullui, car ilh devoroit les gens mult crueusement. n

1. Ly iiiircor des /;v.>./iir('.s- (Bruxelles, in-40), t. 11, p. 409, 440.

2. Karlaiiiagiiiis Saga, éd. Unger, I, 23.

3. Pépins li petis rois de France (Mai net, I, 146); UAnseis fu Pépins, qni pros fu et petis (Saisnes, t. II, p. 166); Pépin le petit (Philippe Moush^t, 2147, 2155, 2158), etc. — On remarquera que jamais dans les textes français du moyen âge on ne trouve ce Pépin le Bief que nos livres d'hi;toire se trans- mettent depuis la Renaissance : la forme Bref vient du Brevis des chroni- queurs latins, /'/•/(/ n'ayant pas plus ce sens en ancien français que bref eu français moderne. Nous avons vu cependant les chroniqueurs de Saint-Denis appeler Pépin le Bref le père de Charles Martel; mais ce n'est encore qu'une traduction littérale du Pippinus Brevis de leur modèle latin. Je citerai ici un curieux exemple de la persistance de la tradition. Catherine de Médicis,

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