Page:Mélanges de littérature française du moyen âge.djvu/200

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Ï96 . l'épopée

Au commencement du xiii'-' siècle, l'auteur saintongeais d'une chronique des rois de France, qui a généralement traduit du latin, mais qui s'est permis quelques interpolations d'origine épique, nous dit, évidemment d'après une chanson : « Très gestes ot en France, l'una de Pépin e de Fangre'. » La chan- son de Doon de Maicncc (xiii^ siècle) nous donne le même rensei- gnement : énumérant les trois gestes, elle ajoute :

La premeraine fu de Pépin cl de Fange-.

On voit qu'ici Pépin, et non Charles Martel ou Anseïs, est donné comme le chef de la gesie royale. Mais que vient taire là l'ange ? L'auteur de Dooii nous l'explique à un autre endroit de son poème, mais 'd'une façon qui ne nous inspire pas grande confiance. Reprenant en détail les trois gestes de France, il fait ici de celle du roi la troisième, et nous dit :

La tierche geste après, chele qui miex valoit,

Chele fu de Pépin, qui l'empire tenoit,

A qui li angres dist que un enfant aroit

Qui sus les Sarrasins de terre conquerroit

Deus tans et plus assés que Pépins ne tenoit.

Chen fu Challes li ber : li angres voir disoit (8015 ss.).

Une semblable prédiction suffit-elle pour justifier le nom de « geste de Pépin et de l'ange » ? On en doute, et il semble plu- tôt que le poète ait développé d'une façon banale une allusion traditionnelle qu'il ne comprenait pas'.

��:. Ms. B. N. fr. 5714, dernier fol. [Tote Tistoire de France, éd. Bourdillon, avec lettre-préface de Gaston Paris, p. xii et p. 90].

2. Doou de Maience, chanson de geste p. p. A. Pey (Paris, 1859), v. 5.

5. [*Cf. Osterliage [Ueher cinige chansons de geste des Lohengiinkreises, p. 7 ; Baudoin de Schonrc, I, 32].] Une histoire qui semble rappeler celle-là, mais qui est sans doute de pure invention, se rencontre au début du roman de Charles le Chauve (Hist. lilL, t. XX\', p. 94) : le roi Clotaire étant mort sans enfants, un ange apparaît aux douze pairs de France pour leur dire de ne pas se liàtcr de lui donner un successeur. Dieu ayant désigné pour le remplacer le roi païen Melsiau de Hongrie, qui en eftet plus tard, à la suite d'un miracle, est baptisé et devient Charles le Chauve. Nous avons vu plus haut (p. 185) ce nom donné par Jean Bodcl à un des prédécesseurs de Pépin.

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