Page:Ménard - Du polythéisme hellénique, 1863.djvu/299

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ce n’est plus qu’une métaphore usée ; la poésie est une langue morte, et si on fait encore des vers, ce n’est plus qu’à tête reposée, la plume à la main, en pesant les syllabes. Mais chez les Grecs, l’enthousiasme poétique n’était pas un mot vide de sens ; c’était un état exceptionnel de l’esprit qui aidait à comprendre l’état plus mystérieux, mais analogue, de la pythie sur son trépied. On regardait l’inspiration prophétique et l’inspiration poétique comme des faits de même nature. Le dieu prophète était en même temps le dieu de la poésie et le conducteur des Muses. Quand la langue rythmée qui était d’abord la forme naturelle et spontanée de l’inspiration fut devenue une langue savante, il y eut des poètes attachés au temple, pour mettre en vers les réponses de la pythie.

Ces réponses étaient en général des sentences concises, d’une forme énigmatique et d’une explication difficile. On a même vu une allusion à l’obscurité des oracles d’Apollon, dans le surnom de Loxias, quoique cette épithète rappelle simplement la marche oblique du Soleil. Il semble qu’Apollon ne consentait qu’à regret à révéler aux hommes l’avenir qui est le secret des dieux. Que deviendrait en effet notre libre arbitre, si l’avenir était aussi certain que le passé ? Nous ne chercherions ni à mériter des biens assurés d’avance, ni à détourner des maux inévitables ; toute activité s’endormirait dans une sécurité oisive, toute vertu périrait dans une