Page:Méric - À travers la jungle politique littéraire, 1930.djvu/174

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d’entre eux ne possédaient point leurs cartes d’électeurs.

Le capitaine Treint grimpa, ensuite, à la tribune. Autre genre d’éloquence… un peu trop imagée. Il crut devoir nous tracer un portrait de cette pauvre vieille Marianne qui fut si belle sous l’Empire. « Je la vois, disait-il, avec son triste visage, avec sa robe trouée, sanglante, sa robe qui… sa robe que… sa robe dont… » Le capitaine n’en sortait plus ; il s’empêtrait dans cette robe malencontreuse. Quand il réussit enfin à s’en tirer, il s’épongea le front et poussa un profond soupir. Et il se lança derechef dans une guirlande de métaphores broussailleuses.

On allait mettre l’ordre du jour aux voix ; on allait le voter dans une immense acclamation, lorsque se dressa un citoyen conscient qui demanda à poser une innocente question au candidat. Il était près de minuit et j’en avais assez. J’écoutai, cependant. Le citoyen se déclarait entièrement d’accord avec les orateurs qui venaient de défiler, mais il y avait un petit détail qui le chiffonnait. Cet homme croyait en Dieu. — L’Esprit, disait-il, la Suprême Intelligence. Et il désirait savoir ce que j’en pensais.

— Quelle sera votre attitude devant Dieu ?

Je remontai sur l’estrade et je répliquai :

— Votre Dieu, je m’en fous. Il n’est pas électeur dans le quartier.

La séance fut levée, parmi les rires, sur cette affirmation dépouillée d’artifices.