Page:Mérimée - Colomba et autres contes et nouvelles.djvu/36

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idées m’obsèdent. Grâce à vous, j’en suis à jamais délivré. Merci, merci !

Il allait poursuivre ; mais miss Lydia fit tomber une cuiller à thé, et le bruit réveilla le colonel.

— Della Rebbia, demain à cinq heures en chasse ! Soyez exact.

— Oui, mon colonel.

V.

Le lendemain, un peu avant le retour des chasseurs, miss Nevil, revenant d’une promenade au bord de la mer, regagnait l’auberge avec sa femme de chambre, lorsqu’elle remarqua une jeune femme vêtue de noir, montée sur un cheval de petite taille, mais vigoureux, qui entrait dans la ville. Elle était suivie d’une espèce de paysan, à cheval aussi, en veste de drap brun trouée aux coudes, une gourde en bandoulière, un pistolet pendant à la ceinture ; à la main, un fusil, dont la crosse reposait dans une poche de cuir attachée à l’arçon de la selle ; bref, en costume complet de brigand de mélodrame ou de bourgeois corse en voyage. La beauté remarquable de la femme attira d’abord l’attention de miss Nevil. Elle paraissait avoir une vingtaine d’années. Elle était grande, blanche, les yeux bleu-foncé, la bouche rose, les dents comme de l’émail. Dans son expression on lisait à la fois l’orgueil, l’inquiétude et la tristesse. Sur la tête, elle portait ce voile de soie noire nommé mezzaro, que les Génois ont introduit en Corse, et qui sied si bien aux femmes. De longues nattes de cheveux châtains lui formaient comme un turban autour de la tête. Son costume était propre, mais de la plus grande simplicité.

Miss Nevil eut tout le temps de la considérer, car la dame au mezzaro s’était arrêtée dans la rue à questionner