Page:Mérimée - Colomba et autres contes et nouvelles.djvu/43

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pourtant. Colomba mit cela avec soin et presque furtivement sous son mezzaro déposé sur une table ; puis elle s’agenouilla et fit dévotement sa prière. Deux minutes après, elle était dans son lit. Très-curieuse de son naturel et lente comme une Anglaise à se déshabiller, miss Lydia s’approcha de la table et, feignant de chercher une épingle, souleva le mezzaro et aperçut un stylet assez long, curieusement monté en nacre et en argent ; le travail en était remarquable, et c’était une arme ancienne et de grand prix pour un amateur.

— Est-ce l’usage ici, dit miss Nevil en souriant, que les demoiselles portent ce petit instrument dans leur corset ?

— Il le faut bien, répondit Colomba en soupirant. Il y a tant de méchantes gens !

— Et auriez-vous vraiment le courage d’en donner un coup comme cela ?

Et miss Nevil, le stylet à la main, faisait le geste de frapper, comme on frappe au théâtre, de haut en bas.

— Oui, si cela était nécessaire, dit Colomba de sa voix douce et musicale, pour me défendre ou défendre mes amis… Mais ce n’est pas comme cela qu’il faut le tenir ; vous pourriez vous blesser, si la personne que vous voulez frapper se retirait. — Et se levant sur son séant : — Tenez, c’est ainsi, en remontant le coup. Comme cela il est mortel, dit-on. Heureux les gens qui n’ont pas besoin de telles armes !

Elle soupira, abandonna sa tête sur l’oreiller et ferma les yeux. On n’aurait pu voir une tête plus belle, plus noble, plus virginale. Phidias, pour sculpter sa Minerve, n’aurait pas désiré un autre modèle.

VI.

C’est pour me conformer au précepte d’Horace que je