Page:Mérimée - Colomba et autres contes et nouvelles.djvu/92

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Le préfet adressa quelques compliments de condoléance au jeune Pietri, et les suivit presque aussitôt. Pour Orso, il s’approcha de sa sœur, lui prit le bras et l’entraîna hors de la salle. — Accompagnez-les, dit le jeune Pietri à quelques-uns de ses amis. Ayez soin que rien ne leur arrive ! Deux ou trois jeunes gens mirent précipitamment leur stylet dans la manche gauche de leur veste, et escortèrent Orso et sa sœur jusqu’à la porte de leur maison.

XIII.

Colomba, haletante, épuisée, était hors d’état de prononcer une parole. Sa tête était appuyée sur l’épaule de son frère, et elle tenait une de ses mains serrée entre les siennes. Bien qu’il lui sût intérieurement assez mauvais gré de sa péroraison, Orso était trop alarmé pour lui adresser le moindre reproche. Il attendait en silence la fin de la crise nerveuse à laquelle elle semblait en proie, lorsqu’on frappa à la porte, et Severia entra tout effarée annonçant : Monsieur le Préfet ! À ce nom, Colomba se releva comme honteuse de sa faiblesse, et se tint debout, s’appuyant sur une chaise qui tremblait visiblement sous sa main.

Le préfet débuta par quelques excuses banales sur l’heure indue de sa visite, plaignit mademoiselle Colomba, parla du danger des émotions fortes, blâma la coutume des lamentations funèbres que le talent même de la voceratrice rendait encore plus pénibles pour les assistants ; il glissa avec adresse un léger reproche sur la tendance de la dernière improvisation. Puis, changeant de ton : — Monsieur della Rebbia, dit-il, je suis chargé de bien des compliments pour vous par vos amis anglais : miss Nevil fait mille amitiés à mademoiselle votre sœur. J’ai pour vous une lettre d’elle à vous remettre.